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Analyses Footballistiques

La magie de la coupe de France : le tirage en chapeaux des 32èmes de finale ou comment éliminer les « petits » clubs plus facilement

Publié le 20 Décembre 2012

 

Pour ceux qui s’intéressent au football au point de suivre la manière dont sont effectués les tirages de coupe de la ligue et de coupe de France, il y a de quoi se dire qu’en France les chances de l’emporter sont devenues inégales suivant le club que nous supportons. Et je ne parle pas du tout du plan sportif.

 

Nous savons déjà qu’avec la nouvelle formule de la coupe de la ligue (existence de clubs têtes de séries, clubs participant à des compétitions européennes rentrent en 8èmes de finale), l’inéquité sportive est déjà bien présente et non remise en question. Surtout quand on sait que les clubs professionnels de Ligue 2 rentrent en 32èmes de finale, soient 2 tours plus tôt.

 

Plus le club a du standing, plus il est avantagé. Plus un club a de bons résultats, plus il est avantagé. On fabrique de faux palmarès à des clubs qui ne le méritent pas plus que cela. Et après quand ces clubs se confrontent au football européen c’est la débandade car les petits privilèges et facilités qu’on leur accorde ne s’appliquent plus à l’échelle européenne.

 

En ce qui concerne la coupe de France, il est intéressant d’examiner la manière dont est réalisé le 9ème tour de coupe de France, c'est-à-dire les 32èmes de finale, tour à partir duquel les clubs de l’élite font leur rentrée. Depuis 2007 (minimum), le tirage du 9ème tour n’est plus intégral. Il est sous forme de 4 chapeaux dans lesquels sont placés 16 équipes (4 x 16 = 64 équipes, le compte est bon). Dans ces chapeaux, l’homogénéité est pratiquement respectée. Cela veut dire que la FFF s’arrange pour mettre le même nombre de clubs de Ligue 1, Ligue 2, National, CFA et CFA2 dans chaque groupe. Pour les divisions inférieures (DH, DHR, PHR…), c’est plus libre car ils sont moins nombreux mais cela reste équiréparti dans chaque groupe.

 

Ce qui est primordial de se demander c’est la nécessité d’un tel tirage. Pourquoi ce tirage par chapeaux a remplacé le tirage intégral ? Certains disent que ces chapeaux représentent une sorte de « région » et que le tirage est en fait devenu régional. Soit, alors qu’on m’explique pourquoi en 2012, le FC Nantes se retrouve dans le même chapeau qu’Ajaccio… Et il y a plein d’autres exemples comme cela. Ce n’est donc pas un tirage « géographique » ou bien cela veut dire que certains ont des notions géographiques qui font froid dans le dos.

 

Voici quelques éléments de réponses plus sérieux puisque basés entre autres sur un raisonnement mathématique. Ceux qui connaissent la notion de probabilité, c’est le moment de ressortir vos cours !

Tout d’abord, si on regarde de plus près la répartition des clubs de Ligue 1 par exemple, on se rend compte qu’il ne s’agit pas seulement de prendre les 20 clubs et de disposer 5 clubs aléatoirement dans les 4 groupes. Si on décortique attentivement la répartition de ce tirage chaque saison depuis qu’il est mis en place, on se rend compte que les clubs comme le PSG, l’OM, l’OL et le champion en titre de la saison précédente sont placés dans des chapeaux différents. En clair, ils sont considérés comme têtes de série avec l’impossibilité de se rencontrer avant les 16èmes de finale. Quel coup de maître ! Le tirage par chapeaux permet donc de les protéger pendant un tour de coupe, la FFF est certaine de garder ses 4 principaux cadors pour les 16èmes de finale, tour à partir duquel le tirage redevient intégral.

 

Et cette protection souhaitée provoque bien sûr des dommages collatéraux. Envers qui ? Toujours envers les mêmes, les clubs moins huppés. Si la FFF protège les cadors en les empêchant de se rencontrer, cela veut donc dire que ces cadors vont avoir plus de chances de rencontrer des équipes de plus faible standing. Les petits poucets, par exemple, ont plus de chance de tomber sur un gros que sur un club de leur niveau avec ces chapeaux. Et en voici la démonstration.

Prenons l’exemple d’un club de DH qualifié pour les 32èmes de finale :

 

1)      avec un tirage intégral, il a 20 chances sur 63 de tomber sur un club de L1, soit 1 chance sur 3.

2)      avec un tirage par chapeau contenant 16 équipes dont 5 de L1, ce club de DH a donc 5 chances sur 15 de tomber sur un club de L1, soit 1 chance sur 3.

 

Par conséquent on voit que la probabilité pour un club de DH de tomber sur un club de L1 reste la même.

 

Par contre, la probabilité qu’a un club de DH de tomber sur un club de niveau équivalent (j’englobe CFA2/DH/DHR/PHR) chute énormément avec ce système de chapeaux. En effet, si on regarde par exemple le nombre d’équipes de CFA2, DH, DHR et PHR engagées dans le 9ème tour de la coupe de France 2012-2013, on constate qu’elles sont au nombre de 13 sur 64.

Par conséquent,

 

1)      dans le cas d’un tirage intégral, une équipe de ce niveau a 12 chances sur 63 (soit 19 %) de jouer une équipe de même niveau (CFA2/DH/DHR/PHR).

2)      dans le cas d’un tirage par chapeau où les équipes sont équiréparties (en 2012-2013, on retrouve environ 3 clubs de CFA2/DH/DHR/PHR par chapeau de 16 équipes), une équipe de ce niveau a 2 chances sur 15 (13 %) de tomber sur un club de son niveau.

 

On peut aussi voir qu’avec le système de chapeaux, les clubs de Ligue 1 ont moins de chance de jouer entre eux. En effet,

 

1)      lors d’un tirage intégral, un club de Ligue 1 a 19 chances sur 63 (30,2%) de tomber sur un autre club de Ligue 1.

2)      Lors d’un tirage avec chapeaux, un club de Ligue 1 a 4 chances sur 15 (26,7%) de tomber sur un adversaire de niveau Ligue 1.

 

Le système de chapeaux utilisé au 9ème tour de la coupe de France a donc deux principales utilités qui vont à l’encontre de l’équité sportive qu’on continue d’attribuer à cette coupe :

 

- Il protège les clubs de Ligue 1 les plus huppés et le champion de France en titre. Le critère « huppé » est le plus injuste quand on sait que le PSG a réalisé des saisons de L1 très mauvaises durant cette période et qu’on se permet de l’avantager quand même. Il a remporté plusieurs de ces coupes de France. Ces trophées remportés sont à relativiser avec l’emploi de ces chapeaux.

 

- Il désavantage les clubs de division inférieure en limitant la possibilité de chocs entre eux et en limitant le nombre de confrontations Ligue 1 vs. Ligue 1.

 

Grâce à cela, la FFF arrive à éliminer beaucoup plus de clubs amateurs en 32èmes de finale. Le but est de faire de l’audience, de faire de l’argent. La FFF se moque de voir un « nouveau Calais » arriver en finale. Au contraire, elle veut un stade de France plein pour la finale. Elle veut une vraie affiche pour faire monter le prix des places et tout le marchandising qui suit. Elle veut des retombées médiatiques. A l’instar de la nouvelle formule de la coupe de la ligue, la FFF veut des clubs huppés en finale pour être certain de solliciter un maximum de français mais aussi pour être certain d’envoyer un club armé en coupe européenne. C’est complètement injuste de qualifier en Europa League des clubs de L1 qui sont protégés de la sorte.

Maintenant que vous avez pris connaissance de la stratégie de la FFF et des instances footballistiques en France, j’espère que vous vous « tilterez » quand les médias qui aborderont la coupe de France oseront dire : « la Ligue 1 s’en sort bien », ou « pas de choc entre L1 en 32èmes de finale ». Cela fait plusieurs années qu’au lendemain des 32èmes de finale, nous avons le droit à ce genre de bilan : « les clubs de L1 s’en sont bien sortis, les clubs amateurs ont été décimés ». Maintenant vous avez l’explication.  

Alors bien sûr il y aura toujours des exceptions comme Quevilly l’an dernier. Mais qu’on ne s’y trompe pas. La présence de Quevilly montre que le niveau du foot professionnel chute année après année et que malgré les subterfuges de la Ligue/FFF pour cacher cette tendance et favoriser injustement les clubs professionnels, les clubs amateurs arrivent encore à s’en sortir. Chapeau à eux ! Mais tiendront-ils encore dans les prochaines années ? Jusqu’où iront nos instances pour cacher la misère ? Elles ne s’arrêteront pas là. On a déjà vu que la FFF ne se gène pas pour inverser injustement des matchs « piège » pour les clubs pros. On voit qu’elle décide ne pas homologuer des stades de clubs amateur pour des raisons douteuses de sécurité alors qu’au tour d’avant le problème ne se posait pas. La FFF fait jouer des clubs amateurs dans des stades qu’ils ne connaissent pas, voire que leurs adversaires pros connaissent mieux (stades de Ligue 2/Ligue 1). La liste est longue. Pour cette année, je prépare une compilation des énormités que la FFF imposera aux clubs amateurs. L’année dernière a été riche en supercheries. Je pense que la saison 2012-2013 sera également un grand cru.

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